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Dossier : La dépression, ou le besoin d'être soi

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     Afin de rendre concret ce qui est abstrait pour mes patients, je prends souvent cet exemple pour les conduire au succès du décodage de souffrance accompagnant leur dépression. Lorsque nous nous déplaçons en voiture, nous circulons sur une route asphaltée qui prend fin à notre droite par un accotement. Ce dernier est nécessaire pour savoir que nous roulons sur la bonne surface tout comme cette dernière est requise pour prendre conscience que nous avons abouti sur l’accotement. Chacune des deux parties est essentielle à l’identification de l’autre et contribue ainsi à préciser notre conduite; les deux possèdent une valeur identique, celle d’une information.

     De même en est-il de la dépression. La souffrance est nécessaire aux dépressifs, comme à nous tous d’ailleurs, parce qu’elle l’avise qu’il roule sur l’accotement de la vie depuis des années, ce qu’il l’ignorait, tout comme il méconnaît actuellement et totalement les modalités de retour sur la route le menant vers son identité. Il y a dès lors deux solutions : nous équipons sa voiture d’une meilleure suspension, ce qui le rassure et lui permet de poursuivre son chemin sur l’accotement, ou nous l’accompagnons dans l’apprentissage des manœuvres requises pour retrouver la partie asphaltée de la vie. Dans le premier cas, nous administrons exclusivement des antidépresseurs alors que dans le second, nous l’escortons dans le décodage de sa souffrance et dans l’identification des changements requis par sa conduite.

     Cet exemple fournit également au patient dépressif une compréhension de l’importance cruciale de la modification des attitudes. Rouler sur l’accotement n’est ni une erreur ni un échec ni quelque chose de mal. Certes, cela peut être dangereux puisque ce dernier peut conduire au fossé, mais c’est tout. Que l’on se déplace sur l’une ou l’autre des parties, les deux situations possèdent la même valeur, celle d’une information. C’est pourquoi la douleur du dépressif, dut-elle être insupportable, n’est autre que information à propos de lui-même.


Quelques statistiques

     Pour terminer cette introduction, examinons quelques statistiques. Au Canada, près de 1 120 000 personnes ont souffert de dépression majeure en 2002, dont 300 000 au Québec, selon Statistiques Canada. Celles qui nous sont fournies par les industries pharmaceutiques en 2001 indiquent que les antidépresseurs comptent alors pour 10 % du chiffre d’affaires au Québec. Jusqu’à cette date, la consommation de ces médicaments a doublé en dix ans, de même que le nombre de prescriptions, ces dernières passant de 2 à 4 millions. Et ce qui inquiète, c’est que ces chiffres sont à la hausse pour des cas légers, par exemple pour un deuil ou une souffrance occasionnelle dont l’intensité ne justifie cependant pas un diagnostic de cette affliction.

     Toujours au Québec, la dépression s’emparera bientôt de la seconde place en coût global des soins de santé, derrière les maladies cardio-vasculaires et devant le cancer. L’évolution des statistiques suggère que ce n’est qu’une question de temps pour qu’elle occupe le top du palmarès. En l’an 2000, 8 millions ont été versés par les individus pour des prescriptions d’antidépresseurs, soit une moyenne de 100 $ par famille par année. Une étude d'IMS-Canada indique que les consultations pour dépression ont augmenté de 60 % au pays depuis 1995 pour atteindre 9,3 millions de diagnostics en 2003. Durant cette même année, les Québécois ont fait remplir 5,1 millions de ces ordonnances, soit une augmentation de 104 % en quatre ans. Afin de s’assurer de la rentabilité de cette industrie de la souffrance, les coûts versés pour la publicité et la promotion des antidépresseurs par les oligopoles pharmaceutiques sont en moyenne de 8,000 $ à 12,000 $ par médecin.
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